87 500 km² de mer, un triangle qui relie la Provence, la Corse et la Ligurie italienne. Un seul objectif est écrit noir sur blanc dans un traité international : protéger les baleines et les dauphins qui vivent là. Le sanctuaire Pelagos existe depuis 2002. La plupart des gens qui prennent le bateau au large de Nice ou de Gênes naviguent dedans sans le savoir.
Un accord entre trois pays, pas un parc national classique
L’accord Pelagos a été signé le 25 novembre 1999 à Rome, entre la France, l’Italie et la principauté de Monaco. Il est entré en vigueur le 21 février 2002. Contrairement à un parc national terrestre, personne ne le possède : c’est un accord de coopération entre trois États pour surveiller et protéger ensemble une même zone maritime, le bassin corso-ligure-provençal, sans qu’aucun des trois ne puisse agir seul sur les eaux des deux autres.
C’était, au moment de sa création, le premier sanctuaire international dédié aux mammifères marins en haute mer. Le principe reste simple : dans les années 1980, des chercheurs ont observé qu’une population de cétacés inhabituellement dense et diversifiée fréquentait cette portion de Méditerranée, attirée par une eau riche en nutriments qui remonte des profondeurs. Il fallait un cadre commun pour la protéger, parce qu’un cachalot ou un rorqual ne s’arrête pas à une frontière maritime.
Un secrétariat permanent coordonne aujourd’hui les actions des trois pays : recherche scientifique, surveillance du trafic maritime, sensibilisation des plaisanciers et des professionnels du tourisme. Le sanctuaire n’a pas de police maritime dédiée. Sa force tient dans la coordination : une donnée collectée côté français sur un échouage sert directement aux chercheurs italiens qui étudient la même population de cétacés quelques centaines de kilomètres plus loin.
Qui vit dans ce triangle maritime
Le sanctuaire abrite huit espèces de cétacés recensées régulièrement : le dauphin bleu et blanc, le dauphin commun, le grand dauphin, le rorqual commun, le cachalot, le globicéphale noir, le dauphin de Risso et le ziphius. En été, entre 1 000 et 3 000 rorquals communs fréquentent la zone, aux côtés d’environ 30 000 dauphins bleu et blanc. Ce sont des chiffres saisonniers : les effectifs varient fortement selon la période de l’année et la disponibilité du krill et des petits poissons dont se nourrissent la plupart de ces espèces.
Le rorqual commun (Balaenoptera physalus) reste le deuxième plus grand animal de la planète après la baleine bleue, avec des individus qui dépassent 20 mètres et pèsent jusqu’à 70 tonnes. Le voir se nourrir en surface, bouche grande ouverte, compte parmi les spectacles les plus rares de la faune européenne. Le cachalot, lui, plonge à plus de 1 000 mètres pour chasser des calamars géants et reste en apnée pendant plus d’une heure, un record chez les mammifères marins.
Le dauphin de Risso, plus discret, se reconnaît à sa peau couverte de cicatrices blanches, laissées par les combats entre mâles et par les becs de calamars qu’il chasse en profondeur. Le globicéphale noir voyage en groupes stables de plusieurs dizaines d’individus, où les femelles âgées continuent d’allaiter occasionnellement des petits qui ne sont pas les leurs, un comportement social rarement observé chez les autres cétacés.

Trois menaces qui pèsent sur ces populations
La collision avec les navires arrive en tête. Selon les données publiées par le sanctuaire lui-même, un cétacé se retrouve environ 3 520 fois par an sur la trajectoire directe d’un navire dans le périmètre de Pelagos. 6 % des animaux photo-identifiés en mer portent des traces de collision, un chiffre qui grimpe jusqu’à 20 % chez les individus retrouvés échoués. En été, le trafic maritime vers la Corse et la Sardaigne multiplie le risque par 3,25 par rapport au reste de la Méditerranée.
Le bruit sous-marin constitue la deuxième menace, plus difficile à visualiser mais tout aussi réelle. Moteurs de navires et sonars perturbent la communication des cétacés, qui utilisent le son pour se repérer, chasser et se retrouver entre individus. Ce brouillage acoustique réduit aussi leur capacité à détecter un filet de pêche ou un navire qui approche, ce qui crée un lien direct entre pollution sonore et risque de collision ou de capture accidentelle. Le sanctuaire participe au groupe de travail sur le bruit anthropique de l’ACCOBAMS, l’accord international sur la conservation des cétacés en Méditerranée, mer Noire et zone Atlantique adjacente.
La pollution chimique complète le tableau. Une étude menée en 2019 a révélé un risque élevé d’exposition aux microplastiques chez les rorquals communs du sanctuaire. Des biopsies ont aussi montré des traces de phtalates et de métaux lourds (mercure, cadmium, plomb) dans les tissus des grands cétacés, avec un impact direct sur leur santé et leur reproduction.

Ce que le sanctuaire fait concrètement
Le WWF France a développé REPCET, un système d’alerte qui permet aux navires équipés de signaler en temps réel la position d’un grand cétacé repéré à bord, pour que les autres bateaux de la zone adaptent leur route. Le dispositif reste volontaire, mais il illustre une réalité simple : réduire les collisions ne demande pas de technologie complexe, juste un partage d’information entre les navires qui traversent la même mer.
Le sanctuaire s’appuie aussi sur un réseau d’échouage qui documente chaque animal retrouvé mort ou en détresse sur les côtes françaises, italiennes et monégasques. Ces données, croisées avec les observations en mer, permettent d’estimer les causes de mortalité réelles, collision, capture accidentelle ou maladie, plutôt que de se fier à des impressions générales.
En France, ce réseau s’articule avec l’observatoire Pelagis du CNRS, référence nationale pour le suivi scientifique des mammifères marins échoués ou observés en mer, aussi bien en Méditerranée que sur les façades atlantique et manche.
Voir ces espèces autrement qu’en spectateur
Le sanctuaire Pelagos s’arrête administrativement au niveau de la Toscane et du nord de la Sardaigne. Plus au sud, dans le golfe de Naples et la mer Tyrrhénienne, les mêmes espèces continuent de circuler : dauphins bleu et blanc, dauphins communs, grands dauphins, cachalots, rorquals communs et globicéphales fréquentent aussi ces eaux, hors des frontières strictes du sanctuaire mais dans le même écosystème méditerranéen et exposés aux mêmes menaces.
C’est là, dans le golfe de Naples, en Campanie, que Sagittarius Voyage propose un programme de suivi scientifique embarqué, ouvert de mai à octobre. Le séjour se déroule à bord d’un voilier de 17 mètres, avec repérage et identification des animaux, photo-identification, mesure du temps d’apnée et enregistrement des vocalisations par hydrophone. Une équipe de six personnes encadre chaque session : fondatrice du programme, skipper et assistants de recherche formés à la photo-identification et à l’écoute des vocalisations sous-marines. Le tarif démarre à 1 280 € pour une semaine, hébergement, nourriture et carburant du bateau inclus. L’âge minimum est fixé à 10 ans, ce qui rend le programme accessible en famille, avec un maximum de six participants par session pour garder un vrai encadrement scientifique.
Questions fréquentes sur le sanctuaire Pelagos
Peut-on visiter le sanctuaire Pelagos comme un parc national ?
Non, ce n’est pas un espace avec une entrée et des visites organisées. C’est un accord de protection entre trois pays sur une zone maritime ouverte à la navigation. On y navigue, on y observe la faune depuis un bateau, mais il n’existe pas de billet d’entrée ni de porte d’accès unique.
Le sanctuaire protège-t-il vraiment les cétacés de la pêche ?
Il encadre et documente les captures accidentelles via son réseau d’échouage, mais il n’interdit pas la pêche dans la zone. La protection passe surtout par la réduction des risques (alertes de position, limitation du bruit, surveillance) plutôt que par une interdiction totale des activités humaines.
Pourquoi tant de rorquals et de dauphins dans cette zone précise ?
La configuration du bassin corso-ligure-provençal favorise une remontée d’eaux froides riches en nutriments depuis les profondeurs. Cette productivité élevée attire une chaîne alimentaire entière, du plancton jusqu’aux plus grands prédateurs marins de Méditerranée.
Existe-t-il un programme équivalent ailleurs sur les côtes françaises ?
Sagittarius Voyage propose aussi un suivi des grands dauphins dans le bassin d’Arcachon, sur la façade atlantique. La zone, les espèces et le protocole scientifique diffèrent, mais l’approche reste la même : observation non invasive et collecte de données réelles, jamais de nage ou de contact avec les animaux.
Le sanctuaire Pelagos concerne-t-il uniquement les grands cétacés ?
Non. Le texte de l’accord couvre l’ensemble des mammifères marins de la zone, des petits dauphins bleu et blanc jusqu’au rorqual commun. La taille de l’animal ne change rien à son statut de protection dans le périmètre du sanctuaire.
Toutes les infos pratiques à jour sur le programme méditerranéen (dates, contenu détaillé, réservation) sont disponibles sur la page du suivi des animaux marins en Méditerranée, Italie. Pour comparer avec les autres missions d’observation marine du catalogue, direction les programmes écovolontaires vérifiés par Sagittarius.